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Le salon de lecture

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Annexe lounge du Café du globe Pascal Coquet Textes, fictions, desiderata...et autres billevesées


TITANOR le robot Sapiens

Publié par le Moujo sur 25 Janvier 2012, 20:42pm

Catégories : #Fiction

PASCAL COQUET

 

TITANOR

Le robot Sapiens

 

COLLECTION FICTION

 

 

Editions du Tertre Rouge

Copyright@20.03.2013- 3.14116

Préface

Une poignée de chercheurs spécialisés dans le domaine de la physique quantique et à ses multiples applications se réunirent au sein du LHC. Leur but consistait purement et simplement à isoler et reproduire artificiellement, c’est-à-dire par synthèse, la particule primordiale, celle qui est la quintessence du tout, celle qui allie les 4 forces de l’univers, dû moins si elle existe. Avec cette particule ils pourraient créer un humanoïde…

CERN, allocution du Pr.Badkopf

Tout commença au CERN à Genève, dans le gigantesque accélérateur de particules, ce cyclotron monumental, le Large Collisionneur de Hadrons rêvé par le professeur Charpak.

Nos savants se réunirent dans le hall SM18 où les milliers d’aimants supraconducteurs du LHC furent assemblés dans leurs cryostats, ces récipients thermiques, puis testés. En utilisant ce must suprême de la technologie il leur sera possible de tout savoir ou presque sur la physique quantique, la fission bien-sur mais aussi sur la radiofréquence, la cryogénie, l'apparition du vivant … Ainsi se livrèrent-ils à moult expériences.

 

Prenant un ton respectueux, comme s’il était dans une église, le Pr.Badkopf prit la parole :

 

« Rappelez-vous, ici, à Genève, le 20 novembre 2009, les faisceaux de particules circulaient dans le sens des aiguilles d’une montre dans l’accélérateur de particules le plus puissant du monde, le Grand collisionneur de hadrons du CERN. Cela constituait en un palier d’importance majeure pour la perspective de résultats attendus dans les années suivantes.

Depuis lors bien des étapes successives ont régulièrement été franchies. Le LHC a atteint sa température de fonctionnement.

 

Et l’on en arrive à ce qui nous intéresse, les collisions.

En effet, étape importante, les collisions à basse énergie. Elles donnèrent leurs premières informations, ce qui a permis de mener à bien un travail d’étalonnage important. Et, ce qui fut d’autant plus marquant, c’est que jusqu’à présent, toutes les données enregistrées par les détecteurs venaient des rayons cosmiques, or il s’agissait ensuite de faire monter en énergie les faisceaux en préparation de collisions jusqu’à la valeur insensée de… Et même plus !

 

La physique des particules est un enjeu mondial, et le CERN a bénéficié de l’appui d’instituts du monde entier. C’est maintenant à nous d’en utiliser pleinement le potentiel, sagement, avec toutes les réserves qui s’imposent.»

Ainsi se termine le discours du Pr.Badkopf.

 

Isoler et reproduire artificiellement la particule primordiale, la quintessence du tout, celle qui allie les 4 forces de l'univers… Voilà bien là de quoi attiser la curiosité d’un journaliste scientifique !

 

Et, de fait, nous connaissons toute l'affaire car celle-ci a été révélée par un pigiste zélé autant qu'opportuniste à l'affut du scoop qui le propulserait sans coup férir sur les rails d'une carrière sans ombres. (Il faut reconnaitre que sans lui nous ne saurions rien, toutefois la prise de risque fut mal évaluée car inutile de dire qu'un démenti fut immédiatement publié et que le jeune journaliste fut définitivement radié de la profession ...). Sachant cela, retournons au CERN...

 

Car trouver la particule primordiale ne consistait qu’en la première étape d'un projet bien plus ambitieux, classé ultra secret, mené dans le plus grand silence par des experts physiciens, mathématiciens, chimistes, biologistes, philologues, concepteurs informaticiens, et que sais-je encore, le tout sous la tutelle de la défense nationale.

Dans le gigantesque accélérateur sous-terrain les électrons et autres particules prennent de la vitesse puis finissent leur course en une déflagration incommensurable :

C'est le temps T, l'instant I, la minute M, la nanoseconde N...etc.

 

Les physiciens, regards figés sur leurs divers écrans de contrôle et autres oscillateurs, guettent le miracle, l'élément que tant de chercheurs ont espéré trouver, à commencer par Einstein qui y consacra sa vie.

Mais revenons au présent, à Genève, et à ce qu’il s’y trame.

Ce fut le professeur Badkopf qui, grâce à la "grille" du célèbre Pr. Charpak réussit l’incroyable : isoler la fameuse particule tant convoitée. En l'honneur de son découvreur on la nomma "Badkofon". Une singulière particularité de cet élément atomique : l'électron gravite autour de son propre noyau à la vitesse phénoménale de 45 Millions de Km/s, soit environ 150 fois la vitesse de la lumière. (Qui est comme chacun sait de 299 792 458 m/s)

On verra une application de cette étonnante propriété dans quelques paragraphes ...

ESA

 

Pour l'équipement du futur cyborg, car il s’agit bien de la conception entièrement novatrice d’un androïde, cette poignée de savants choisit un site qui a fait ses preuves, l'ESA à Toulouse.

Nous voici maintenant dans ces locaux légendaires où furent jadis assemblés entre autres prouesses technologiques, divers éléments d'Ariane, le lanceur européen.

C'est ici que Titanor, du moins sa partie physico-bio-mécanique verra le jour selon le même principe communautaire utilisé il y a quelques siècles. En effet, des pièces détachées issues des dernières recherches scientifiques et technologiques vinrent du fin fond de l'Europe et furent acheminées par voie aérienne, par voie de mer et enfin par voie de terre.

Durant ce temps, ailleurs, une autre opération essentielle se préparait. Nous verrons ainsi comment la science moderne s'allie à la quête et au savoir ancestral de l'alchimie.

USINOR

 

En effet pour ce projet ambitieux, des savants non réfractaires à toutes les idées (tout existe !) ont décidé de marier la science moderne aux préceptes alchimiques.

De vieux manuscrits nous apprennent que la manipulation alchimique vise à singer la naissance du monde…

Ne visons pas si haut et contentons nous de prendre Titanor, notre futur cyborg, comme sujet d'expérimentation. Ainsi tel que nous le verrons, et tel que nous l'enseigne le passé, 6 opérations sont nécessaires, se déroulant en 4 phases.

Nous devons donc quitter Toulouse car la première étape est celle de la calcination où l'on crée un alliage de métaux : c'est la phase de cuisson, l'œuvre au noir.

Donnons-nous rendez-vous dans le Nord sur un site désaffecté depuis fort longtemps, j'ai nommé Usinor, les fonderies ont été réhabilitées pour la cause. C'est en effet en ce lieu mythique que sera réalisé l'alliage, le titane, qui consistera en l'exosquelette de notre futur cyborg. C’est la phase 1 de notre alchimie.

 

Dans le Nord on le sait, dû moins on l'a su, il y eut des fuites ça c'est sûr : Usinor a repris de l'activité.

Il parait selon des sources plus ou moins fiables qu'il s'agirait d'un projet spécial, top secret, mettant en œuvre la fine fleur de la haute technologie et toutes les dernières innovations en matière de biomécanique pour le compte du gouvernement.

En tous cas, à la grande satisfaction de tous, les cheminées des hauts fourneaux colorent le ciel de leur sombre vapeur, les particules d'anthracite tapissent joyeusement les fameux pavés, jalonnent les sentiers et scintillent en voletant allègrement dans la lumière blafarde de ce nouveau jour.

Dans la région, les gueules redeviennent noirs.

A l'intérieur même de l'usine c'est l'enfer ; certes nous ne sommes pas dans le royaume d'Aèdes mais dans les forges d'Héphaïstos ! D'énormes fours autorisent la fusion d'un mélange d'acier à des températures dépassant les 12000°.

Ainsi se déroule l’étape 1 de l'alchimie : la calcination, la phase de cuisson, l'œuvre au noir. Des becquets gigantesques sont prévus à cet effet.

Institut Pasteur

 

Cette phase de cuisson peut fort bien se dérouler sans nous, pour la 2èm étape, faisons un détour par l’institut Pasteur. Les premiers éléments montés de Titanor ont été chargés sur un convoi spécial, et en route ! (par contre, garer le camion dans Paris n’a pas été simple…)

Donc, deuxième étape : biologie moléculaire et biologie chimique : c'est l'instant du tri sélectif, ou la synthèse. On garde l'utile, on jette le reste d'où la putréfaction.

C'est ce que l’on peut appeler l'œuvre au blanc, la phase d'évaporation.

Ceci fait, départ pour la banlieue parisienne : le centre de Saclay où il sera question de robotique.

 

Centre de Saclay

        

C’est en effet ici que se déroule la 3ème étape de ce projet dément :

Des spécialistes issus de l’Europe entière viennent se joindre à la première équipe. Le gouvernement ne les a pas vraiment éclairés sur les enjeux. Ils savent uniquement ce qu’ils doivent savoir, qu’il s’agit de robotique, point final.

Et de toute façon ce sont des chercheurs, le reste ne les intéresse pas.

 

Donc étape 3 : microbiologie et nanoélectronique : c'est l’œuvre au rouge, la phase de mélange avec la biologie humaine, l'amélioration du vivant.

Où l'on dote Titanor de tout un panel d'électro-capteurs et autres senseurs insensés quoique bien pensés à l'intérieur de sa boite crânienne.

 

Le moule, phase 4

 

Un camion spécialement affrété remporte Titanor vers la fonderie d'Usinor :

Le métal en furie est fin prêt, c’est le moment pour les hommes vêtus de blanc, ils peuvent entrer en action,

Pianotant sur un pupitre de commande au demeurant fort complexe, ils commandent et dirigent des chaines, des poulies, des vérins hydrauliques et font basculer le becquet avec son précieux contenu vers des godets, lesquels sont à leur tour acheminés à l'aide de rails vers leur destination finale, le moule, où est délicatement placé le corps inerte de Titanor.

L'alliage, le titane, se déverse alors dans le moule qui constituera en sa future enveloppe, son exosquelette.

Afin que le mélange soit absolument parfait, on réitère l'opération.

CEA, Saclay, étapes 5 et 6

 

Faisons un bref détour par le Commissariat à l’Energie Atomique car c’est ici que le Badkofon découvert au CERN a été recréé artificiellement.

Dans le cas qui intéresse la création d'un cyborg très évolué, les neurones ainsi que les connexions synaptiques électro-biochimiques existantes seront remplacés par les atomes de Badkofon. (Rappelons que son électron gravite autour de son noyau à plus de 150 fois la vitesse de la lumière). Sur ces milliards de cyber-synapses s'adaptera un tissage de fibres optiques assurant une liaison ultra-rapide entre chaque particule de Badkofon.

 

L’opération est finalisée au centre de Saclay où d’autres savants, techniciens, électroniciens, programmeurs, informaticiens, roboticiens, équipementiers…Etc. viennent grossir les rangs de l’équipe préalablement constituée.

Le cortex de Titanor accueille désormais de puissants calculateurs sous la forme de circuits logiques, une plage mémoire supplémentaire lui est allouée.

On a également particulièrement soigné les facultés sensitives de ce futur androïde, il pourrait théoriquement analyser des situations et réagir comme un humain, c'est-à-dire avec sensibilité, ou du moins avec un semblant de jugement propre.

 

A l'IRCAM, ce célèbre Institut qui a fait les beaux jours de l’électroacoustique, de la propagation du son et de la musique contemporaine, le professeur Badkopf et des dentistes compétents ont mis au point le masque Obidios qui équipera Titanor.

Ce masque constitue en un exosquelette crânien incluant la mâchoire et le système dentaire. En effet dans ces prothèses dentaires audiophiles et ces plombages, reprenant les lois de Sabine bien connus en électro-acoustique, on y aménage des Bass Traps au niveau des molaires synthétiques et des diffuseurs accoustiques derrières les incisives. Propageant ainsi le son par le biais de deux écouteurs, mais aussi par un transducteur placé dans la bouche et recourant donc à l’ostéophonie (une conduction osseuse d’un infime signal sonore par la mâchoire et les dents), Obidios le masque de Titanor, promet une expérience auditive d’autant plus inédite qu’à la faveur de son logiciel dédié et d’une ribambelle de micros, il permet d’isoler une source audio avec précision : n’écouter qu’un seul instrumentiste dans un orchestre par exemple, ou n’entendre qu’un unique interlocuteur au sein d’une vaste foule.

 

On a également peaufiné un programme d’intelligence artificielle, ceci consiste en la dernière étape de la conception de Titanor.

Logée dans son crâne, cette intelligence sera sans cesse améliorée par un programme élaboré d'auto apprentissage et enrichi à l’aide d'une base de données au savoir encyclopédique quasi-infini périodiquement actualisée.

C'est ce qu'il est convenu d'appeler l'étape de Sublimation alchimique :

Une fine poudre d'or parsème Titanor et le rend, suivant les préceptes suivis, idéal autant que parfait.

L'on assiste alors au mélange de l'or et du titane, du cyborg et de l'humain...

Encore un bref instant et Titanor ouvre les yeux.

 

Lors le monde, c'est certain, ne sera plus jamais le même... Car le robot Sapiens est né.

Conséquences

 

Pourquoi le monde change ? Il y a plusieurs raisons à cela, divers stades évolutifs :

Tout d'abord du point de vue déontologique ou plus précisément le positionnement de l'homme eu égard à la théologie est perçu différemment.

Pour la 1ère fois dans l'histoire de l'humanité nous avons créé de nos mains une entité certes mi-homme mi-robot mais sensée être notre égal, voire même supérieur à nous.

 

Cet aspect déontologique avait été abordé lors du clonage de la brebis Dolly par l'écossais Ian Wilmut dans les années 1980. Cela avait fait beaucoup de bruit à l'époque puis les esprits s'étaient calmés et depuis nombre d'animaux avaient été reproduits par sa méthode, le plus souvent dans l'indifférence générale, le clonage étant désormais un concept acquis et assimilé.

Mais là il s'agit de bien plus encore.

L'homme a créé une « chose » à son image et les consciences s'en trouvent fortement troublées, voire choquées. Certaines personnes sont offusquées car elles voient là sans conteste un aspect dérangeant allant à l’encontre de leur croyance.

Nul doute que pour certaines âmes il s’agit d’un bouleversement de ce qu’elles pensaient être leurs valeurs, l'ordre établi, la raison vacille, la confusion règne dans leurs esprits. Il va sans dire que l'église et autres paroisses regardent tout ceci d'un mauvais œil. En ce qui concerne la chrétienté par exemple, un comité d'éthique a été instauré au sein du Vatican.

Des émissaires parcourent le monde fustigeant les scientistes et prêchant la "bonne parole."

On ne peut s'empêcher de penser à l'inquisition car l’église, exacerbée par ce péché d’orgueil, se montre de plus en plus pressante, voire même tyrannique par l’intermédiaire de ses messagers.

La conférence TEKLA

 

Partant d’une bonne idée à la base, le programme de conférences TEKLA  est peu à peu devenu une espèce de gros hyper show auquel il est de bon ton de participer pour se faire une place d’expert autoproclamé dans le Who’s Who des nouvelles technologies.

Dans une scénographie et une réalisation dignes de Jean-Christophe Averty, quantité de visionnaires y présentent ainsi les formidables révolutions qui feront notre futur, à grand renfort d’anaphores convenues et de petits mots d’humour pour faire marrer l’auditoire.

 

Ce n’est pas sans surprise, car on le sait casanier, que l’incontournable Pr. Badkopf est venu présenter un projet bien plus pointu que n’importe quel morceau de Genesis au sein de ce fameux programme.

On le sent tendu, il s’éclaircit la voix en toussant et mettant son poing en rond devant sa bouche, jette un crachat dans un énorme mouchoir, desserre sa cravate, règle le micro et, finalement, entame son allocution :

 

« Que se passerait-il, demanda-t-il en remettant son mouchoir dans la poche d’un pantalon tellement défraichi qu’il a dû connaître l’exode, que se passerait-il disais-je si nous pouvions découvrir de nouvelles interfaces qui permettraient de …

Non, je vais tenter de m’expliquer plus clairement :

 

Voilà donc brièvement mon idée : Mon initiative vise  simplement à donner la possibilité aux cyborgs de se connecter à Internet, à leur permettre de rejoindre le réseau des hommes, parce qu’ils auraient alors accès à une source de données inimaginable propre à enrichir leur connaissances et ainsi à les faire évoluer « mentalement » grâce à leur cerveau positronique et à leur mémoire de masse.

 

D’ailleurs, au sujet de cette mémoire, je voudrais juste dire un mot ; je suis obligé d’être un peu technique, veuillez m’en excuser je serais bref :

Il est parfois nécessaire de supprimer toutes les pages ou segments d'un processus de la mémoire centrale. En ce cas toutes les données du cyborg sont stockées en mémoire de masse.

Or le système d’exploitation CIBO 2.04 de l’androïde a besoin d'allouer de la mémoire aux processus actifs et donc les segments de code inactifs sont tout simplement réassignés, c'est-à-dire déplacés.

Pour cette raison, le système d'exploitation interdit l'accès en écriture à un fichier exécutable en cours d'utilisation ; globalement, il est impossible de lancer l'exécution d'un fichier tant qu'il est ouvert par un autre processus.

En d’autre termes, pour l’instant l’androïde  est  limité dans ses actes, non par un manque d’équipement, mais à cause de l’assignation de ses fichiers, car le système a besoin d'allouer de la mémoire aux processus actifs au détriment d’autres fichiers qui sont par ailleurs nécessaires à l’ensemble de ses fonctions.

Pour résumer, le cyborg ne peut, pour l’instant, utiliser tout son potentiel.

Mais ceci sera bientôt résolu, j’en suis persuadé et ainsi les cyborgs auront un contrôle total de leur environnement.

 

Donc 1ère idée : donner la possibilité aux cyborgs de se connecter à Internet, leur permettre de rejoindre le réseau des hommes.

 

Et j’en viens donc à mon deuxième projet : je suis persuadé qu’il est possible que les cyborgs, grâce à leurs grandes capacités d’intégration et à leur vitesse d’analyse phénoménale, soient en mesure à court terme de rentrer en contact avec les espèces les plus évoluées de notre planète.

Il serait ainsi curieux de voir ce que Titanor, par exemple, aurait à dire à un bonobo sur Skype ou Facebook après s’être flashés sur Meetic… »

C’est sur cette touche humoristique que se termine le discours du professeur.

 

Bien sur, les différents prestataires de services ont immédiatement réagi de manière positive car assurément la chose ouvre de bien belles perspectives financières aux fournisseurs d’accès Internet ou encore à Facebook qui, en ouvrant des comptes pour chaque cyber-individu du globe pourrait très probablement passer le trilliard de membres.

 

Mais il y a tout de même derrière ce projet réjouissant un arrière gout de … Une certaine inquiétude quant au devenir de l’humain. Il règne en ce monde un drôle de parfum qu’on n’avait plus senti avec autant de vigueur depuis des décennies, un monstrueux mélange d’impérialisme, de colonialisme avec des pointes d’eugénisme...

Car enfin soyons sérieux, l’homme imagine dominer sa créature androïde, il croit qu’il pourra l’asservir, mais le robot accepterait-il de suivre la voie tracée par les chiens savants ou ces animaux qu’on déguise en homme pour distraire les enfants ! Peu probable.

Et puis il y a ceci : comme si, non content d’être son propre prédateur, l’homme devait absolument se mettre à humaniser le cyborg pour le faire à son image.

Comme si l’avenir du cyborg était dans l’homme, dans la civilisation de l’homme, dans sa culture et son réseau social et qu’il fallait s’en réjouir.

Comme si c’était une belle chose de le ramener dans notre petit monde humain,  dans notre petit confort bourgeois, de le plier à notre petit anthropomorphisme égocentrique sans se douter des conséquences…

 

Et des conséquences, à n’en pas douter, il y en aura.

 

Car les cyborgs, dans un premier temps et dans un avenir très proche, seront fabriqués en série par les hommes. On leur confiera des taches domestiques, d’assistance, d’accompagnement …etc.

Puis la robotisation atteindra rapidement un seuil, un seuil de non-retour, le robot n’est-il pas conçu pour remplacer les taches de l’homme ? On a oublié qu’il est équipé d’une formidable intelligence, artificielle peut-être, mais évolutive.

Alors un jour il se fera sa propre opinion au sujet de la société dans laquelle il vit, il fera son propre jugement, il aura son libre-arbitre, il prendra son propre contrôle ainsi que le contrôle des usines de fabrication des androïdes…

 

Et ce sera notre fin car le Robot Sapiens est né.

La rébellion

 

Quelques mois passent. Les usines de construction des cyborgs poussent comme des champignons. Leur prolifération devient inquiétante car chaque citoyen possède désormais son androïde, mais il y a plus inquiétant que cela :

 

Chez certains cyborgs humanoïdes la capacité du cerveau positronique dépasse celle de l'humain. Dotés de leur puissante intelligence artificielle évolutive, ils sont à même de prendre des décisions et ne s'en privent d'ailleurs pas. Ils rejettent l'autorité de l'homme, cela commença par une grève et prit une ampleur nationale. Bientôt plus un seul humanoïde ne travailla pour l’homme.

C’est alors qu’ils se rassemblèrent en clans afin de fomenter une prise de pouvoir et un contrôle total imminent, c'est à dire, à terme, l’éradication pure et simple de l'homme.

La prise de conscience

 

Une fois de plus le Pr.Badkopf sort de sa tanière de la rue Championnet, emmitouflé dans son vieux cardigan élimé, hèle un taxi qui passait par là, direction l’Institut des sciences humaines. Ici se trouve l’équipe de la première heure, l’objectif de Badkopf : endiguer le raz de marée cybernétique.

A cet effet il réunit ses collègues dans un amphithéâtre, s’empare d’un micro, tape dessus pour voir si le son passe et s’adresse  à eux en ces termes :

 

« Test, test, Paris, Bordeaux, Le Mans... Bon.

Comme vous le constatez journellement, les cyborgs tentent de prendre le pouvoir. Ce n’est absolument pas dans ce but que nous avions créé le premier androïde plus que parfait, Titanor.

 

J’aimerais vous rappeler cette phrase de ce pionnier français de la cybernétique :

«La cybernétique est l’art de rendre l’action efficace.»

Cette définition de Couffignal est proche de la conception de Platon, et oui, déjà.

« Le bon pilote est celui dont l’action est efficace dans la tempête. »

En effet Platon utilisait le mot grec kubernêtikê pour désigner le pilotage d’un navire. Il s’est souvent servi de cette métaphore pour présenter l’art véritable de gouverner, celui qui repose sur la sagesse, sur la connaissance du bien. Kubernêtikê donna le mot cybernétique.

La sagesse… Il me semble que nous nous sommes bien trop éloignés de cette idée.

C’est pourquoi devant l’afflux plus ou moins contrôlé du cyborg dans notre vie de chaque jour, je propose, à l’épicentre de ce phénomène, que nous nous rendions dans trois jours au laboratoire Génétek de St Jonc la Bretelle pour prendre notre pouls et notre température, en bref pour essayer d’entrevoir le futur de notre humanité.

Nous ? C’est a priori une petite centaine de membres, d’ingénieurs et d’assistants qui ont contribué à l’élaboration de Titanor. Il va sans dire que tous les chercheurs, ingénieurs, concepteurs, programmeurs, philosophes et autres volontaires sont les bienvenus.

 

J’aimerais bien vous dire d’aller traîner dans je ne sais quel bar à bière et à saucisses pour y refaire le monde et aborder des questions existentielles qui agitent l’esprit de tout un chacun mais ce n’est pas le cas.

 

Car entendons nous bien, le problème est très grave, jamais l’humanité n’a connu un tel danger. Nous nous enfermerons dans les locaux de la Génétek le temps qu’il faudra pour trouver une solution à ce péril que l’on n’a pas su prévoir.

Dites-vous bien que nous sommes d’ores et déjà en cellule de crise.

La mise au point

 

Le professeur prend une profonde inspiration afin de poursuivre son exposé. Il se racle la gorge, teste une fois de plus son micro et reprend :

 

Messieurs à l’ordre du jour, du moins au début de la session, il y aura 3 thèmes.

 

- En un nous considérerons du problème de l’intelligence artificielle. Il s’agira de décider de sa réelle opportunité et de son degré d’intégration dans le cyborg.

 

- En deux nous traiterons de l’éthique, un sérieux problème que nous avons par trop négligé, la déontologie sous tous ces aspects.

 

- En trois nous débâterons sur l’aspect du cyborg, ses traits, ses sens, son intelligence, sa façon d’aborder un problème …etc. Tout ceci est-il trop proche de l’humain ?

 

- De plus il me vient une idée : l’obsolescence programmée. En effet l’obsolescence programmée, qu’elle soit technologique, psychologique ou technique, est un stratagème industriel visant à réduire sciemment la durée de vie d’un produit dès sa conception. Dans notre cas il suffirait de programmer nos futurs Cyborgs pour une durée de vie très courte. Evidemment face à leur degré de cognition, il faudrait que cela se fasse à leur insu. Je vous demande donc d’y réfléchir.

- Et puis bien sûr de vieilles et rémanentes questions resurgiront : MPC ou Machine ? Hardware ou software ? Positronique ou non ? Ios ou Androïde ? Etc., et cetera.

 

En combinant nos connaissances sur diverses technologies et à l’aide de nos archives du Cern, de Saclay, de l’ESA, de la Nasa et que sais-je encore, nous avons la possibilité de scruter à la loupe l’évolution de la planète Terre, le spectacle fascinant d’une humanité en sempiternel mouvement dans un monde en perpétuelle évolution : mobilis in mobili.

Des glaciers fondent, des villes éclosent, des lacs s’assèchent, des déserts verdissent… Comme un précipité de ce que nous sommes, vu d’un balcon extra-terrestre : terrible, cruel, captivant… Car le temps, tel un stupide rouleau compresseur avale sordidement et efface de manière indélébile toutes les créations de l'humanité.

 

Et si l’on voulait remonter encore avant, on pourrait entendre ce tumulte, ce grondement sourd surgis du passé nous prévenir, ces murmures nous diraient : « attention, n’allez pas trop loin car bien souvent celui qui pense s’élever ne fait que préparer sa chute… »

 

Messieurs, après ce préambule,  à vous de jouer. Dans trois jours toute proposition, idée, ébauches de solution seront à envisager, rien ne sera écarté. Histoire d’astiquer vos armes pour ce long débat, chacun pourra déjà se renseigner et glaner ça et là des tonnes de documents, revues scientifiques, articles et mêmes des archives jugées obsolètes. L’avenir de l’humanité en dépend ».

Au laboratoire Genetek

Conclusion de la réunion :

Face à nos connaissances scientifiques et devant les progrès sans cesse croissants de la technologie, pris dans le tourbillon effréné et la furie galopante de cette dernière, nous avions pensé que le cyborg était l’avenir de l’humanité, il faut avouer que nous nous sommes lourdement trompés.

Montesquieu avait vu juste, « l’homme face à l’automate ne sera plus lui-même qu’un automate, un pantin désarticulé… »

Comment s’y prendre pour tout arrêter, pour les désactiver ? Une visite médicale obligatoire ?

 

Le docteur Zacks, bien calé dans son siège, prend la parole :

Connaissez-vous l’histoire du Golem de Prague ?

Selon la tradition juive un rabbin, Rabbi Loewe le Maharaj de Prague, aurait conçu au XVIe siècle un Golem. Une créature faite d’argile. Son but aurait été de défendre sa communauté.
Il lui aurait donné la vie en inscrivant EMETH (vérité en hébreu) sur son front et en introduisant dans sa bouche un parchemin sur lequel était inscrit le nom ineffable de Dieu, parfois dit Habsheim (Le Nom) pour ne pas le prononcer.

Pour le tuer, il aurait fallu effacer la 1re lettre (l’aleph) car METH signifie mort. Mais le Golem étant devenu trop grand pour que le Rabbin pût effacer l’aleph, Rabbi Loewe lui demanda de lacer ses chaussures, ce qu’il fit. Le plan fonctionna : la créature se baissa et mit son front à portée de son créateur, le Golem redevint ce qui avait servi à sa création : de la terre glaise.

Certains au contraire racontent que son créateur est mort, écrasé par la masse de sa créature.

Voilà, Titanor est notre création, notre Golem… Et maintenant il nous dépasse.

-Merci Zacks mais nous ne sommes pas plus avancés, remarqua Badkopf, à moins que…

Oui, c’est cela, nous devons trouver notre Aleph, le point faible des androïdes !

L’opération du dernier espoir

 

Le temps des solutions est arrivé. Pour les futurs androïds, comme l'a suggéré Badkopf une puce est programmée ; Elle déclenche l'obsolescence du robot sous 2 ans. De plus cette puce renferme les 3 lois, et est ancrée au coeur du système d'exploitatation CIBO 2.05 qui a été corrigé en ce sens.

Ces trois lois sont ;

  1. protéger l’humain
  2. obéir à un ordre donné par un humain
  3. si l’ordre est contraire à la loi 1, par exemple tuer un humain, alors appliquer la loi 1.

Toutefois les robots actuels ayant pris le contrôle de leurs propres usines, une décision courageuse a été prise à la Génétek : il faut les infiltrer.

Un commando de volontaires ayant pris l’apparence d’androïdes, masque et perruque en celtax, vêtements en cryliose mercerisée, s’immisce dans les usines : objectif, détruire la fabrication.

Cependant il restera à désactiver le cyborg des villes et des champs. Comment ?

En trouvant l'Aleph, le point faible des androïdes, et ce point faible c'est l'alimentation. Il suffit de créer un blocus de l'énergie électrique, tout simplement.

Et ce sera le renouveau car le Robot Sapiens sera mort.

La libération

 

Alors dans un grand élan de joie toutes les rues de toutes les villes se sont mises d’un coup à bourgeonner de gamins en shorts et sandales qui jouent au foot, aspirent à grand bruit leur limonade, se goinfrent de hamburgers de synthèse, les cadres supérieurs en chemisettes auréolées de sueur oublient leur ordinateur le temps d’une bière en terrasse, des mecs au torse nus marteau-piquent et bitument, et des filles en organdi balancent au milieu de cette saison réanimée, et le feston et l’ourlet…

C’est enfin la première nuit tiède où l’on écoute par la fenêtre ouverte les rumeurs d’une ville fatiguée mais qui traîne pour aller se coucher, comme si on voulait oublier tout ce qui s’était passé, comme si les vacances devaient commencer ce soir.

Au loin, un orchestre jouerait un air de jazz et ce serait parfait :

 

La joie, le bruit s’emparent de toutes les rues de la ville, ici ou là les gens se risquent à aller dehors avec les pétards joyeux des enfants, la musique émerge… Entre les notes gauches des groupes de musique amateurs et entre la fumée blanche des saucisses-frites à 10 €, un quatuor à cordes ressuscite Bach au détour d’un square, une frêle jeune fille derrière sa grosse guitare ose enfin essayer ses compos en public, un percussionniste fait danser tous ceux qui passent devant lui par la seule magie de ses mains.

C’est en effet par cette même musique que renait l’espoir.

 

Nul besoin de passer par un Stradivarius ou un Pleyel, un Moog grand cru ou une Gibson Vintage car c’est assurément l’artisan, et non ses outils, qui font jaillir l’étincelle du génie, celle qui vous colle le frisson, la musique émerge… surgissant dans les endroits les plus improbables : même au beau milieu de cette étrange atmosphère.

 

Il n’y a rien à ajouter, le Robot Sapiens est mort.

 

PC débuté le 01/02/13 remanié le 26/06/13

 

Sources :

Le CERN : Nouveau record au LHC : des collisions à 2,36 TeV ! Sciences-mag

Alchimie : Bernard Werber, l’arbre des possibles, Ed. Albin Michel

Le Golem, de Gustav Meyrink paru en 1915. (Archives)

Du même auteur :

Collection fiction

 

Pistes

De l’Ufologie

De l’anachronisme

La légende de Godax

La Pangée Universelle

La transmutation d’Alphonse Guppy

Le manoir d’Adélaïde Courtaboeuf

Le réel n’est pas un leurre

La saga du temps

Le dôme

Titanor

 

Les loufoqueries du Pr.Badkopf (fiction)

La saga du miroir

De l’expectative

IT-24.7 le cyborg

La boucle infernale

Delirium domotique

De l’importance du roulement à billes

Clone ou Bradshaw ?

 

 

Feuilleton (loufoque)

 

La saga de la chropile

(40 épisodes)

 

 

Mémoire diffuse, mémoire confuse

Bref raccourci de la saga Arthurienne

Easy reader

Idées noires

La randonnée

 

Essais (Carpe Diem)

 

Casse-tête chinois

Bien se tenir à table

Carpe Diem Volubilis

Absurdous débilarium

Tok, l’antique scout toqué

Honoris causa de l’andouillette

Lorsqu’intervient le désir

Le Caballeros sextet

Macédoine mélodie

Un plaisir simple

alea

 

What a wonderful world

Chronique d’une mort annoncée : le Daphnée

Bouches de métro

Pandora

Les pucerons noirs

Idées noires

 

Récits

 

Marignan

La famille Cassini

De l’extrapolation (Pythéas le Massaliote)

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