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Le salon de lecture

Le salon de lecture

Annexe lounge du Café du globe Pascal Coquet Textes, fictions, desiderata...et autres billevesées


DESTINS CROISES (texte est en cours d'écriture...)

Publié par le Moujo sur 28 Janvier 2018, 19:10pm

Catégories : #Fiction

Trilopin

En 1959, Marcel Courson, représentant de commerce, parcoure la France en DS. A l’heure du déjeuner il s’arrête dans un petit bourg, Trilopin, en pays de Caux. Il choisit un petit resto d’aspect rétro, à l’allure accorte : « La bonne franquette »      Plat unique : le hachis Parmentier. La serveuse lui met l’appétit en bouche :

L’Entrée : Une salade composée, (en Si bémol galvanisé) avec des gésiers de dinde confits et émincés revenus -d’abord, on les laisse partir puis on les fait revenir bien sûr- dans de la graisse d’oie. (C’est bon pour la ligne...) Un régal...                 

Le vin : Je ne saurais que trop conseiller à Monsieur un bon Bordeaux : Un château Lecarney 97, mis en bouteille à la propriété, qui se mariera fort bien avec la salade de gésiers ainsi que le plat.

Le plat : Un bon hachis Parmentier : Mais attention, "Le" Hachis, avec un A majuscule... Comme pour Absolument délicieux. Le chef y ajoutant ça et là des ingrédients au gré de son imagination : de l’oignon rouge cueilli de ses mains dans un vert pâturage et revenu doucement à la poêle, beurre breton, demi-sel bien sûr, persil, beaucoup de persil, basilic, cannelle... le tout mélangé à la viande, dans un joli plat, cuit lui-même au four, recouvert de purée maison, et parsemé de bouts de Cantal puis gratiné au four... Un vrai régal digne des plus grands chefs. Comme fromage, j’ai choisi un boursin ail et fines herbes, avec une bonne tranche de pain de campagne.

Ayant garé sa DS sur le parking du restaurant, après cet excellent repas, Marcel s’accorde une promenade digestive et prend le temps de se balader dans l’unique rue commerçante et néanmoins pavée de la bourgade de Trilopin.

Un joli petit pont de pierre enjambe la Fauville, des pêcheurs en herbe y taquinent le goujon.

En ce début mars, règne une grande animation car c’est aujourd’hui jour de brocante. Marcel joue des coudes pour se rapprocher des stands, en effet il adore chiner. C’est alors qu’il tombe en arrêt sur la devanture d’un antique-brocanteur. Marcel aime les vieux objets, en effet d’après lui ils ont toujours une bribe d’histoire à raconter, voire même une Histoire avec un H majuscule, ou tout du moins ont-ils joué un rôle dans cette dernière.

En l’occurrence, son œil fut attiré par ce qui lui semblait être une broche magnifique, certainement ouvragée de longue date. Le voici comme hypnotisé par la splendeur et l’éclat de l’objet : cette attirance lui fit pousser la porte de l’échoppe, presque malgré lui, faisant tintinnabuler un petit carillon de cuivre jaune.

Dans sa boutique, le brocanteur veille. Il se dirige droit vers sa proie et s’enquit de l’objet de sa visite. Marcel, sans voix, lui désigne alors le bijou.

  • " Ah, Ah, je vois que monsieur est connaisseur ! »

Puis le tenancier lui explique avec moults arguments à l’appui qu’en effet l’objet avait appartenu à une famille très connue dans la région et, qui plus est, une famille de grande lignée : les gens de Courtaboeuf. Cet objet daterait du XVIem siècle.

Lorsque Marcel Courson s’enquit du prix du bijou, le brocanteur antique lui fit une offre : « Je vous la laisse pour un prix dérisoire, cependant ce bijou doit impérativement retrouver sa vieille boite en fer ciselé ».

La boite coûtait trois fois le prix du bijou, une somme déraisonnable ! mais la curiosité fut plus forte que la pingrerie et, après un bref instant d’hésitation, Marcel se prononce : « Soit, c’est alléchant, j’accepte », et à la grande satisfaction du simili-brocanteur qui se frottait les mains, il achète le joyau et son précieux coffret.

L’hôtel

Afin d’étudier à loisir sa nouvelle acquisition, il s’octroie quelques jours de vacances à Trilopin et s’installe dans un hôtel vieillot : « Les trois marches »

Une petite chambre modeste, quelque peu vétuste, mais qui convient bien à Marcel.

Un lit, une lampe de chevet sur la table du même nom, une petite armoire avec trois cintres, une chaise et son secrétaire. Le papier peint légèrement jauni et décollé dans les coins rajoutait une touche de désuétude à l’ensemble.

Le bijou n’est autre qu’une émeraude. Posée sur le secrétaire de sa chambre, un éclairage rasant fait apparaître une salamandre : Serait-ce l’emblème de François Ier ?
Description du bijou : A IV, page 6 (en fin de page)
Description du coffret : A IV, pages 4 et 5
Le coffret qui contient le joyau recèle un parchemin : Signé Mauritius Courtaboeuf, il évoque la bataille de Marignan.
Lecture du manuscrit : A I, page 5 et 6

Le doute n’est plus permis : Ca se passe à Marignan, et après la dernière bataille, il lui a remis l’émeraude que Mauritius rapporte dans son domaine au lieu-dit : Les trois espal...

Marcel Courson n’en revient pas, il a dans les mains une émeraude ayant appartenue à François Ier et un coffret datant de la bataille de Marignan !

Il est littéralement fasciné par sa découverte, il veut en savoir plus. Il va chercher son dictionnaire universel d’histoire et de géographie Bouillet et Chassang (Il l’a toujours dans le logement prévu pour la roue de secours de sa DS).

La recherche, Marignano

Dès 1499, louis XII s’attaque au duché de Milan En 1498, le fils du duc d’Orléans devient roi de France sous le nom de Louis XII et fait immédiatement valoir ses droits sur le duché de Milan, entamant ainsi les guerres d’Italie. Il l’envahit dès 1499 et en chassa Ludovic Sforza, dit Ludovic le More. Les Français gouvernèrent le duché jusqu’en 1513 quand ils furent chassés par les Suisses qui placèrent Maximilien, le fils de Ludovic.

La Bataille de Marignan

François Ier affirme ses prétentions sur le Milanais dès le début de son règne en 1515, par les droits de sa femme Claude, héritière des Orléans, et donc de Louis XII. La bataille de Marignan est l’un des épisodes des Guerres d’Italie.

13 et 14 septembre 1515, bataille menée contre les Suisses pour reconquérir le Milanais aux mains de Maximilien Sforza, duc de Milan, allié du Pape Léon X, de l’empereur Maximilien de Habsbourg [élu roi des Romains. Il joint la Ligue de Venise en 1495 pour contrer les Français en Italie durant les longues guerres d’Italie, puis la Sainte Ligue en 1511. En 1508 il se proclame empereur élu des Romains, avec l’autorisation du pape Jules II, l’évêque de Coutances, et du cardinal de Sion.

Au printemps 1515, François Ier rassemble à Lyon une armée de 30 000 hommes : des nobles français, des aventuriers gascons et navarrais, des fantassins allemands (lansquenets) et des baroudeurs (la « bande noire ») venus des Pays-Bas. L’armée française, combine ainsi chevalerie, artillerie et infanterie.

Face à lui, une coalition s’est formée avec le pape, le duc de Milan, l’empereur Maximilien et le roi d’Aragon. Quant aux Suisses, alliés des Italiens, ils sont 20 000, organisés en véritables phalanges.

Le moral des troupes est bon, l’artillerie française est l’atout numéro un. Elle est la première d’Europe, avec ses 60 canons de bronze, commandée par Galiot de Genouillac.

L’armée helvétique se place aux deux passages stratégiques situés à la sortie des Alpes (considérés par celle-ci comme seuls accessibles) : Pignerol et Suse. La Confédération pensait de ce fait barrer la route du Milanais à François 1er.

Pendant ce temps, François Ier prend la direction du col de l’Argentière, chemin considéré comme très difficile d’accès, même pour de simples piétons.

Les lourds canons sont hissés avec des treuils pour passer les cols dont celui de l’Argentière par des sentiers à chèvres, du côté de Montgenèvre.

L’armée suisse, apprenant la réussite de l’armée française du franchissement des Alpes, se dirige vers Milan. L’armée française, suivant de près les Suisses, prend la direction de Marignan.

A cette étape de la campagne, le 8 septembre 1515, un projet de traité semblerait clore le conflit. Mais sur ces projets de paix pèse une ombre : le cardinal de Sion. Celui-ci profite d’un désaccord parmi les soldats Suisses et les délégués du canton pour s’en faire des alliés. Il les fait marcher contre les Français. Sa stratégie est basée sur l’effet de surprise car les alliés de François 1er - les Vénitiens - ont monté leur camp non loin de Marignan, à Lodi.

La poussière dégagée par la cavalerie Suisse la trahit car de loin les Français voient l’approche de l’ennemi. La bataille qui suit est héroïque dans les deux camps.

À Marignano, à 16 km au sud-est de Milan dans la plaine du Pô, le 13 septembre 1515, les troupes suisses qui portaient l’écharpe blanche, comme les Français, attaquent les lansquenets qui protègent l’artillerie.

Les trois carrés de piquiers (Fantassins armés d’une pique longue de plusieurs mètres et dont leur principale fonction était de bloquer les charges de cavalerie) 7 000 à 8 000 hommes par carré les font plier mais le roi, qui n’a pas eu le temps de mettre son armure dont le cuir était déchiré d’un coup de pique, vient les rallier.

Le chevalier Bayard, se bat avec une grande bravoure. Son cheval est tué sous lui. Il se remet en selle aussitôt ; les brides sectionnées, sa seconde monture s’emballe et l’entraîne vers les rangs suisses. Mais il se sauve à temps et regagne son camp à travers les vignes. Les troupes tiennent jusqu’à minuit, puis le combat s’arrête.

Le terrain de bataille est difficile pour les cavaliers : une plaine entrecoupée de rivières, de canaux et de fossés, praticable uniquement sur de larges chaussées rectilignes.

Et tous les grands personnages de l’armée française sont là : François 1er a en main le corps de bataille, le duc de Bourbon a la charge de l’avant garde et le connétable de Bourbon, l’arrière garde. L’objectif premier des Suisses est de faire main basse sur l’artillerie de leur ennemi. mais François 1er ne l’entend pas de cette oreille : Il intervient en décidant de les charger avec 200 hommes d’arme. L’armée suisse lutte ardemment contre les soldats français. La confrontation ne prendra fin que lorsque les camps n’arrivent plus à s’identifier dans la pénombre de la nuit : les deux camps s’endorment sur le lieu même de la bataille, à moitié mélangés.

A l’aube du 14, la bataille recommence. Les Suisses semblent être dominants. En effet, dès le petit matin, ils bloquent les soldats du duc d’Alençon. L’artillerie française commandée par le sénéchal d’Armagnac fait des ravages mais l’aile gauche de l’armée du roi commandée par le duc d’Alençon, fléchit.

Cependant les Suisses n’avaient compté sur l’aide des alliés de François 1er. Les premières troupes vénitiennes, nos alliés, arrivent en renfort vers 8 heures du matin. Les 300 soldats français reprennent le dessus en rétablissant la situation sur l’aile gauche.

Les Suisses, face à la résistance incroyable de François 1er et du connétable de Bourbon, battent en retraite. A ce moment, l’armée française aidée de Bayard, va neutraliser définitivement l’artillerie helvétique.

À 11 heures, c’est la débâcle des Suisses vers Milan. Le soir, 14 000 Suisses gisent sans vie sur le champ de bataille..

Sur place, François Ier est fait chevalier par Pierre du Terrail, seigneur de Bayard. c'est Mauritius Courtaboeuf, aide de camp du sénéchal d'Armagnac, qui lui présente le couffin.

7 novembre 1515, signature du traité de Genève - 29 novembre 1515 à Fribourg, un traité de paix perpétuelle entre Suisses et Français.
Les relations entre le roi de France, roi Très-chrétien, et le pape, sont à redéfinir.

La bataille de Marignan fut difficile à remporter mais elle permettait de réaliser le rêve des rois de France depuis des générations : elle ouvrait enfin la porte du Milanais et du même coup, Maximilien Sforza le duc de Milan fut emprisonné.

Marignan est devenue un symbole de la gloire du roi. La défaite des Suisses est un événement, car ceux-ci ont acquis, par leur discipline, une réputation d’invincibilité. Elle s’inscrit ainsi dans le début de la Renaissance, avec pour la première fois l’utilisation décisive de l’artillerie. Les artistes italiens, dont Léonard de Vinci, vont alors s’ouvrir à la France.

Mauritius Courtaboeuf est donc l'aide camp du sénéchal d'Armagnac !

Un phénomène empathique s’installe dans l’esprit de Marcel. Il s’identifie à Mauritius. Du reste n’ont-ils pas les mêmes initiales ? Le domaine de Mauritius se trouve au trois espal..., lui est au trois marches... Il doit trouver ce lieu. Absolument.

Il s'enquit auprès de l’antiquaire, peut-être a-t-il obtenu le coffret dans un grenier de la région ? Mais le brocanteur ne livre pas la moindre information. Auprès des gens du pays il demande s’ils ont entendu parler « des trois quelque chose » Sans succès.

Il se lance alors dans des recherches généalogiques auprès des préfectures, mairie, églises..., ce qui ne lui apprend rien, les archives ayant été détruites.

Le guide vert lui apporte enfin une information : le domaine de Courboeuf, Bourg « les 3 Arpents » gite de France, 5 étoiles NN. Bon, ce n’est pas exactement le même nom, mais on ne sait jamais... Tiens ! Encore une coïncidence : les trois arpents...Trilopin... Grisé au volant de sa DS, il roule vers un curieux destin, vers un petit bourg du pays de Caux.

Le luxueux domaine de Courboeuf est un établissement destiné à ratisser les fonds de poches du bourgeois en goguette, Marcel se refuse à imaginer Mauritius dans une telle demeure. Certes, c’était il y a 500 ans. Cependant, il a un pressentiment, il le sait, il le sent. Et il a peut-être raison car non loin de là, envahi par les ronces, enfoui sous la végétation qui a repris ses droits, un vieux manoir endormi sommeille.

Marcel retourne à sa DS, en revient avec une canne en merisier et un couteau parapluie. Il escalade sans peine le mur délabré. Laborieusement, il arrive à se frayer un chemin, se servant de son couteau comme d’une machette.

Au bout d’un sentier, à coté d'un mur d’enceinte à moitié écroulé, un vieux manoir sort victorieusement des broussailles.

Le manoir

Hérissé de quatre tourelles, équipé d’échauguettes et de mâchicoulis, ce manoir est en fait un curieux croisement entre un château-fort et une riche demeure toute en meulière. Un plan architectural oscillant entre Vauban et Mansart. Fallait oser ! On y accède par un pont-levis car le bastion est cerné par d’étroites mais profondes douves où dort une eau saumâtre emplie de vertes lentilles, paradis pullulesque des grenouilles, dytiques et autres notonectes.

La porte est solidement verrouillée. Les quatre coins de la bâtisse sont ornés de gueules impressionnantes aux mâchoires terrifiantes : loup, sanglier, ours, lynx.

En angle et de construction plus récente, on a rajouté une marquise avec une lourde porte d’entrée munie d’un heurtoir et d’un portier ajouré autant que grillagé. D’ailleurs toutes les fenêtres de l’édifice sont protégées par des barres de fer forgé. Sur les hauteurs, des créneaux de pierre d’où de sombres oiseaux s’envolent en coassant dans un vol désordonné, leurs battements d’ailes irréguliers renforcent, si besoin est, l’atmosphère lugubre de ce lieu.

Un cri horrible, un feulement strident, déchire l’horizon sonore. Crissement des ailes : flop, flop... Un rapace de belle envergure et de couleur brun foncé prend son envol avec un morceau de viande dans le bec : une charogne de ce qui a dû être un chat.

Tourelles, têtes de loup, gargouilles dans des niches, meurtrières, grilles aux fenêtres noires... Austère... Les vitres, du moins celles qui sont intactes, sont en fait d’épais vitraux : de petits carreaux biseautés, brasées à l’étain, constituent des enluminures grossièrement ouvragées. Elles représentent des scènes de bataille, des soldats en armure.

Marcel décide d’aller fureter aux alentours. Débroussaillant les fourrés avec sa canne, il découvre plusieurs statues d’un réalisme redoutable, en pierre, en pied et en grandeur nature. Ce sont divers animaux, ceux dont la gueule figure sur les murs du manoir : loup, sanglier, ours, lynx...

Décidément, l’endroit n’est guère accueillant.

Un peu plus loin, il entend un son, un timide clapotis. Marcel y dirige ses pas et arrive près d’un cours d’eau qui a creusé son lit parmi les hautes herbes. Il longe cette petite rivière jusqu’à découvrir un vieux moulin abandonné ; la roue n’est plus en état quant à la construction on peut dire qu’elle n’est plus que ruine. Sur une pierre portante on peut lire cette inscription : Moulin de la Fauvelle. L’eau chuinte tristement sur ce qui reste de la roue à aube.

A l’orée d’un petit bois, envahie par la végétation, gît une pierre tombale. Après avoir nettoyé sommairement la stèle moussue, il y lit cette épitaphe : « Toi qui passe sans même une pensée, aies un peu de compassion envers moi car un jour tu seras à la même place » Adélaïde Courtaboeuf 1864-1911".  "hum..."

Revenant sur ses pas, il découvre deux magnifiques statues en marbre : Aphrodite, déesse grecque de l’amour, et Vénus, son équivalente romaine. Curieux contraste entre la beauté de ces « vestales » et la laideur monstrueuse des statues animales. Une éclaircie dans ce lieu lugubre, le yin et le yang, l’ombre et la lumière... Il ne le sait pas encore, mais ce lieu sera le point de départ d’un curieux destin...

l’intérieur du manoir

Fébrilement, il entre à l’intérieur, inspecte prudemment les lieux. Il hume l’atmosphère et cette fois il en est persuadé, il est bien chez Mauritius.

Dans une salle qui a dû être la bibliothèque, il découvre une galerie de tableaux.

Il y a là Anselme, Mauritius, Bartolomeo, Don Carlotti , Marcus, Amédée, Alphonse et Adélaïde. Fouillant la bibliothèque, il trouve quelques précieux carnets de Mauritius mais pas le parchemin intégral, ou du moins un exemplaire lisible.

Isséo Santiahano

Marcel revient les jours suivants, il est fasciné par cette demeure. Un jour il  vit une lumière blafarde éclairer la porte de la marquise. Il s'approche, il frappe...

Un personnage tout de blanc vêtu, l'oeil malicieux, la chevelure grisonnante autant qu'hirsute lui ouvre la porte. Il parle un français très simplifié, en effet Isséo, c'est son nom, ce savant fou venu du futur a préféré fuir sa civilisation grace à son invention, la Chronopile. Son invention, cette machine à remonter le temps, a créé trop de problèmes. Il n’est plus persona gratta en 3494.

« Car la science ne saurait être ce qu’elle est si elle n’était régie par des lois. Sans expériences réalisées dans un cadre stricte et rigoureux, nous serions toujours empêtrés dans les limbes d’un sombre moyen-âge marécageux, dans le monde austère de l’obscurantisme non éclairé : En un mot : Les profondeurs abyssales de la triste et vaine médiocrité. »

Isséo a osé bousculer ces conventions, ce qui lui a valu l’isolement du milieu scientifique, sa fuite et son actuelle réclusion dans notre temps grâce à son invention, dans ce manoir abandonné. Il n’a vu personne depuis des lustres, il est heureux de rencontrer Marcel.

Isséo lui explique les différents modes de voyage temporel.

« J’ai consacré des années à l’étude sur le temps, à la façon d’avoir un quelconque contrôle dessus, je me suis lancé dans des recherches effrénées ...  Certes, les têtes pensantes de notre planète s’autorisent à penser que ce voyage est impossible mais j’aimerais cependant vous expliquer les diverses théories qui ont fait l’objet de mes recherches »

Le tunnel

Prenons une feuille de papier, imprimons quelques repères, quelques dates égrainant le parcours de notre jeune humanité. Joignons les deux bouts par les extrémités, le haut et le bas ; le Yin et le Yang... L’ombre et la lumière. Scotchons-la. Nous obtenons un rouleau avec les caractères, donc les événements du passé, à l’intérieur. Il nous apparaît clairement que le temps est emprisonné dans ce rouleau. C’est un fluide, un courant. Voyager à l’intérieur de ce tunnel ne paraît-il pas aisé, évident, limpide ?

Il nous reste à définir la matière constituante de ce flux temporel et à trouver le moyen de voyager dans ce liquide inconsistant. Simplement.

La quintessence du temps : De l’air ? De l’oxygène ? Un amas de neutrinos ayant une masse proche de zéro ? Le vide ? Des sels minéraux, la matière constituante de la vie ? Ou bien s’agit-il d’une substance électrique proche de celle générée par notre propre cortex cérébral ?

Et si nous plongions dans un liquide « amniotique » vers un passé anté-conceptuel ? Idée séduisante. Car en effet, si tous les éléments constitutifs de la matière, les gazes, les molécules figurent dans le cosmos, n’est-ce pas le temps qui, quant à lui, ordonne et gère, au cours de son déroulement, tous ces matériaux, ces atomes, afin de créer l’univers entier, la genèse des planètes, puis les événements s’enchaînent jusqu’à l’apparition des premières cellules simples, qui se divisent, deviennent complexes, et enfin se manifeste la vie, son cycle, sa renaissance ...

Alors le temps un liquide amniotique ? Cela semble envisageable, dû moins d’une manière imagée. Nous voyons donc là une approche possible...

Les voyageurs du trou noir

Voici une thèse que je qualifierais de difficilement réalisable techniquement, voire même d’improbable : Les puits invisibles de la pesanteur n’ont aucune surface, mais plutôt un "horizon sphérique d’événement," qui peut être de plusieurs milles à travers. Une fois à l’intérieur de l’horizon d’événement, la lumière et la matière ne peuvent pas s’échapper, il y a par conséquent invisibilité. Au centre d’un trou noir est un point appelé la singularité, où la matière est écrasée à la densité infinie. L’espace et le temps sont infiniment incurvé. Les choses sont juste étrangement plates.

Schwarzschild envoya ses calculs à Einstein et mourut ensuite peu après. Les théories basées sur ses résultats ont dominé l’image populaire des trous noirs depuis. La singularité à l’intérieur d’un trou noir est destructive, il résulterait d'une approche, inévitablement, la pulvérisation pure et simple car un tel objet est infiniment étiré dans une direction et infiniment serré dans deux autres directions. Cela s’appelle parfois la spaghettification.

Cependant tous les trous noirs ne sont pas semblables. Suffit de trouver le bon ! Il permettrait au capitaine de se diriger vers le secteur où la singularité est faible.

Burko de l’université de l’Utah montre que le voyage par un trou noir n’est pas théoriquement impossible, hormis la nature violente de ceux-ci. Il dit : "Eprouvant seulement des effets légers de l’étirage et du serrage, le vaisseau spatial pourrait arriver à la singularité indemne"

Tandis que cela ne garantit toujours pas de traverser paisiblement cette singularité, il en garde la possibilité. Si cette traversée devient possible, il pourrait ouvrir un tunnel vers un autre univers, idée basée sur certaines solutions développées dans les années 1960, des équations d’Einstein au sujet du temps et de l’espace.

Toutefois la pluplart des théoriciens assurent que le vaisseau spatial serait pulvérisé.

La Chronopile

Puis un jour j’eus un présent qui me venait du passé : un chronomètre cryogénisé contenant quelques secondes de l’année 2002. Ce fut pour moi une révélation : stocker du temps dans un chrono, voilà l’idée.

J'utilise en cela le premier principe de la thermodynamique, ou principe de conservation de l'énergie, ce principe affirme que l'énergie est toujours conservée. C'est aussi une loi générale pour toutes les théories physiques, qu’elle soit mécanique, électromagnétique ou encore nucléaire. C’est ainsi que je mis au point la Chronopile :

Principe de l’effet ondulatoire

D’où causalité de cause à effet (et inversement)

3494, un an après la découverte de l’antique chronomètre... L’idée, accumuler du temps libre ou du temps perdu pour en disposer à loisir, quand le temps sera venu. Simple.

Parce que plus pratique qu’un chronomètre, Isséo utilise un sablier.

- Etape 1. On se rend à la poste et, en faisant la queue au guichet, on renverse le sablier.

Au bout d’un certain laps de temps, la base de la clepsydre est emplie de sable. On dispose alors d’un sablier rempli de temps perdu. (Pour le temps libre, il faut attendre les week-end, les jours fériés ou les vacances).

De retour à mon laboratoire de hautes recherche en Physico-Electro-Temporalité d’Energie Relativiste, la PETER, je procède au chargement de ma chronopile, mon invention que je n’hésite pas à qualifier de géniale :

Etape 2. Chargement de la pile

  1. On pratique un minuscule trou dans la clepsydre afin d’y introduire un cathéter. Le savant empile des micro-disques gélatineux sur un bâton en ferrite. Une fibre optique, le poil d’éléphant femelle du Burundi, espèce extrêmement rare, relie entre elles ces lamelles molles bien que chitineuses. On relie l’autre extrémité de cette fibre sur une pompe Fisher, (une pompe d’aquariophile, donc). La sortie de la pompe est branchée sur le cathéter. On met alors en route la pompe et la chronopile se charge, le sable temporel se déverse sur les lamelles gélatineuses, qui se mettent à vibrer. Quand la pile est chargée, un voyant s’allume ; Un capteur situé sur le disque supérieur déclenche l’allumage d’une diode LED. On stoppe la pompe et on débranche la durite. La chronopile est "chargée".

Etape 3. "Gagner" du temps, l'utilisation de la charge de la batterie temporelle.

Des micro-électrodes établissent le courant sur les pôles opposés de cette pagode chinoise, provoquant une différence de potentiel ; un champ magnétique est induit, une puissante hystérésie se manifeste par une vibration désespérée des rondelles gélatineuses et néanmoins temporelles, telle une andouille de Guéménée parkinsonienne coupée en tranche, façon puzzle, d’où un phénomène ondulatoire sur le baton de ferrite.

Durant ce processus, cette ondulation est captée par de micro-rayons laser. Ces rayons sont eux-mêmes captés par des cellules optiques et transmis, via fibre naturelle, une fibre végétale produite par la fleur du haricot sauteur à la mousson, les jours de pleine lune - transmis donc à un appareil extrêmement sophistiqué : Le barographe, jouant ici le rôle de transducteur. Hardiment, le barographe décode les informations fournies par la fibre de la fleur du haricot sauteur. Les aiguilles de l’appareil s’agitent et tracent des courbes élégantes sur son célèbre rouleau de papier millimétré.

Lors la magie opère.

C’est ainsi que l’on voit, avec des yeux moites, emplis d’un étrange sentiment de fébrilité, d’ébahissement mêlé d’humilité (peut-être une légère frayeur ?), le déroulement du temps sur le papier rose. Pour faire bénéficier physiquement ce transfert du temps écoulé, il suffit de relier par électrodes les contacts produits par les aiguilles du barographe au cortex cérébral d’un volontaire prêt pour l’aventure.

Bien-sûr, il s’agissait là de la version laboratoire, tout est miniaturisé à l’extrême et la 1ère version commercialisée de la chronopile n’était pas plus grosse qu’un potiron adulte.

Bien entendu, je me suis enfui avec tous mes plans. Il y a cependant un inconvénient majeur, si mon invention permet un voyage dans le passé, le retour n’est pas possible, on reste prisonnier du temps présent... (Qui n’est autre que notre passé devenant notre futur). Marcel Courson n’est qu’un petit représentant au costume étriqué, à la vie maussade, sans attrait... Il ne lui lui faut pas beaucoup de temps pour se prononcer : Il tente l’aventure.

Problèmes :

Comment emmagasiner 500 ans dans la chronopile ? Du temps dans un château d’eau ? un gazomètre ? (Ech 1 : pour « gagner » 5mn, il faut stocker 5mn)

Idée : Le compresseur à 10% de compression, pour 500 ans il faut compresser  50 ans. Trop long...

Marcel et Mauritius

A Marignano il sympathise avec Mauritius,

Je lui demandais « Pourquoi la guerre ? » Il me répondit :

« Je vois essentiellement deux raisons :

Il y a d’abord cet adage latin : ‘Si vis pacem, para bellum’. Si tu veux la paix, prépare la guerre ! Et puis il y a cette évidence : "Qui terre a, guerre a". Cela est vrai depuis la nuit des temps. Voyez-vous mon ami la possession de terres, de richesses, est source de conflits, cela est inévitable, l'homme est ainsi fait, il lui faut prouver de sa bravoure auprès de sa belle. »

« Admettons. Mais en ce cas, à qui profite cette guerre qui, je le sais, provoquera de nombreuses pertes, il y aura de nombreux foyers en deuil car beaucoup vont mourir dans cette bataille ? »

« Au roi, et au prestige de la France »

 

Songeur, il me semble avoir déjà entendu cette phrase…

Toujours est-il que voulant que cette bataille n’ait pas lieue, je suis parti en guerre…Ne pouvant n'avoir qu'un regard extérieur à ce conflit, je me fis alors correspondant de guerre d'un journal local, ‘Eco fratta*’ : (*Écho fourré) 

 

  • Début des guerres de Lombardie sous Louis XII, fils du duc d'Orléans. Ce conflit, entrecoupé de trêves, éclate en 1499. En effet son épouse, Anne de Bretagne, prévalait de ses droits sur le Milanais.

Alors il y eu coalition, Suisses et Italiens s'unirent pour faire front à l’armée française.

  • Oyéz, oyez ! Gens de guerre, soldats de métier, cavaliers sur vos destriers, fantassins, tireurs… Que vous soyez sur terre ou sur mer…     

Innovante, la supériorité de l’armée française se résumait à son matériel de guerre, à son artillerie, notamment aux nouvelles armes, destructrices :

les canons rendants caduques toutes autres machines de guerre, notamment le trébuchet qui devint dès lors obsolète.

Face à ces nouveaux engins, les armures font de bien pâles boucliers.

  • Le bombardement voit ainsi le jour sous le siècle des lumières…

Aujourd’hui, le 13 juillet 1515, perché sur un monticule, le capitaine Bartolomeo reconnaissable à sa cape et ceint de son baudrier de cuir en écharpe, le bras élançant fièrement son épée, donna un ordre bref : mise en batterie !

Un régiment de fantassins équipé du matériel nécessaire à leur service, ce que l’on nommera plus tard le « génie », partit alors en manœuvre et sapa les ouvrages de fortification ennemis.

  • En position de tir, les unités d'un régiment d'artillerie, les canonniers, commencèrent à ouvrir le feu. La batterie mobile fit des ravages et démolit les murs d'une piètre forteresse, bientôt une brèche.     

Les troupes s’y engagent,

  • L’état de siège est déclaré, la bataille fait rage. Il va falloir monter au créneau, pas de pitié, pas de répit, écraser l'ennemi sans vergogne, ferrailler, en découdre, se battre au couteau, au pistolet. C’est l’assaut, l’attaque, la bataille rangée, le combat sans merci, on est sur l’offensive pas sur la défensive, on déploie toute sortes de stratégies, de tactiques, des ruses de guerre, on tend des embuscades, on piège l’ennemi. C’est la boucherie, le casse-pipe, la casse-gueule. Partout dans la campagne résonnent les cris de guerre. Ami entends-tu ?
  • Tous au baroud ! A moi les troupes, criait Bayard !

Les troupes galvanisées par le roi et par Bayard firent que cette bataille enragée ne connut pas de  trêves. 

  • Puis, après deux jours de combat ce fut la retraite ; le combat cessa faute de combattants, les survivants mourant d'épuisement.

Le butin, notre trésor de guerre, nos prises, qu'importe. Il y avait de part et d’autre de nombreux blessés, mutilés. Les Italiens et les Suisses ont été écrasés, ont subi une lourde défaite. 14000 soldats sont morts au champ d'honneur. Notre armée aussi.

Sans nul doute le chevalier Pierre du Térail était un foudre de guerre, ainsi que le roi. Ils auraient bien mérité de la croix de guerre (mais il faudra attendre Napoléon !)

  • Capitulation des suisses, l’armée en déroute, en fuite vers Milan. Défaite des italiens, battus sur leur terrain.  Ludovic Sforza vaincu, chassé de son territoire. Victoire de l’armée française. Quelle victoire et à quel prix ? De la guerre c’est l’issue, sale issue.

L’histoire est parsemée de ces batailles, et rien ne semble pouvoir arrêter sa terrible escalade.

« La guerre est un mal qui déshonore le genre humain » (Fénelon)

 

A mon tour de laisser un mot dans l'histoire;

« les dommages de guerre ? La guerre en est un »

Marcel Courson, nell'anno di grazia 1515
 

Délaissant un instant cet article, je me fis cette réflexion : cet horrible massacre attestait de l’inutilité de mon intervention, amer, je me remémorais alors cette terrible phrase du chant du départ :

« Sachons vaincre, ou sachons périr »

j’étais arrivé trop tard ou bien force est de constater qu’on ne peut changer le cours de l’histoire ?  

 

Le Sénéchal, en tête de l'artillerie, meurt peu de jours après. Mauritius est très affecté, il était à son service depuis 4 ans. Il décide de rester à Milan.

Il confie alors à Marcel l’émeraude cachée dans sa cantine et lui révèle sa mission : l’émeraude a été donnée au général Alviano par François Ier, qui à son tour l’a confiée à Mauritius afin de la faire sertir en bague. Et voilà maintenant notre Marcel chargé de cette mission.

Nov 1515, Retour au manoir, après un périple par la suisse - a la recherche d’un bijoutier (qu’il ne trouve pas, logique puisqu’il trouvera l’émeraude intacte chez l’antiquaire)

- 1518 Lettre de Mauritius, il a pris femme, elle se nomme Bianca.
- 1519, lettre de Mauritius, il a un fils, il s’appelle Carlotti                                                  - 1521 Marcel a 50 ans
- En 59, retour d’Isséo au manoir

Ca ronfle au grenier c’est Isséo ? Retrouvailles
Perfectionnement de la Chronopile. Marcel est renvoyé en son temps.


Problème : les tableaux du manoir ne peuvent y être que si Marcel re-voyage dans le temps, à moins que Carlotti vienne s’y installer.
Retour en 59, avec sa DS, il s’arrête à Trilopin pour déjeuner ...

Ce texte n’est que pure fiction, toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existés ne serait que puremement fortuite, exeption faite de François Ier et du général Alviano

Sources : La campagne d’Italie, la bataille de Marignan Dictionnaire universel d’histoire et de géographie Bouillet et Chassang, encyclopédies Universalis et Wikipédia, ainsi qu’une interview par Christophe Dickès qui recevait Didier Le Fur, auteur de l’ouvrage intitulé ’’Marignan, 13-14 septembre 1515’’ publié aux éd. Perrin, 2004.

Les voyageurs du trou noir Digest d’après Jean-Pierre Maillard de l’institut d’astrophysique à Paris, Burko (par E.Mail) de l’université de l’Utah.

 

P.S Cet article n’est actuellement qu’une ébauche, un vague projet. Merci cependant de ne pas me "pirater" cette idée qui vaut ce qu'elle vaut mais c'est la mienne.

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